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Déclarations

  • Oct 29, 2006
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« Annabelle, Marion, réveillez-vous !
- Qu’est-ce que tu veux, Maryse ? Nous casser les pouces ? Nous crever les yeux ? Quoi que tu fasses, tu vas le payer ! Fais-moi confiance !
- Arrête, Annabelle ! Je suis venue vous libérer. Dépêchez-vous ! Les autres ne vont pas tarder.
- Tu te fous de nous ou quoi, espèce de traître ?
- Laisse tomber cette histoire que tu crois comprendre, Annabelle.
- T’as vraiment de la chance d’être plus forte que moi, sinon je t’aurai déjà étranglé.
- Maryse a raison, Annabelle. Il est temps qu’on se tire d’ici. »
C’est ainsi que la raison l’emporta. Nous suivîmes Maryse sur la pointe des pieds en longeant les murs. Dehors, il faisait jour. Sitôt arrivées dans le jardin, nous déguerpîmes sans même jeter un regard noir sur Maryse qui eut tout juste le temps de nous prévenir que Vincent et Ronan nous attendaient dans la voiture 500 mètres plus loin. Nous trouvâmes nos deux acolytes, sur la banquette arrière, profondément endormis et enlacés comme un enfant avec son doudou. Plus énervée qu’une automobiliste, je claquai la porte avec véhémence. Ronan et Vincent se réveillèrent en sursaut. Ils étaient visiblement un peu gênés que nous les ayons trouvés dans cette position un peu ambiguë. Vincent effaça rapidement le malaise qui menaçait de s’installer en prenant la parole :
« Ne te fie pas aux apparences, Annabelle !
- Mais, je ne me fie à rien du tout !
- Je t’aime Annabelle. Je t’ai toujours aimé. Oublie la CFTBVC et l’Afreuse. Viens avec moi. Comme Antoine, je t’emmènerai en voilier sur l’ïle Baptiste. Nous fonderons une famille, nous pourrions avoir deux fils que nous appellerons Maurice et Domingue. »
Ronan qui semble-t-il, avait été un peu pris de court, enchaîna immédiatement :
« Moi aussi, j’ai, depuis longtemps, un petit faible pour toi, Annabelle. Moi aussi, je veux fonder une famille, avoir un gros chat qu’on appellera Tofano … »
Ces deux-là avaient vraiment un talent insoupçonné. Moi qui avais pourtant un sens inné de la répartie, je ne sus quoi répondre. Je restai coite. Mon à-propos infaillible, mes saillies légendaires, la pertinence de mes « andouille ! » s’étaient soudainement envolées.  Heureusement Marion vint à mon secours :
« Vous voulez pas vous rendormir plutôt derrière ? Ni Annabelle, ni moi ne sommes d’humeur à écouter vos enfantillages. »

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Le boson de Higgs

  • Sep 11, 2006
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Le temps passa lentement. Nous avions fait cent fois le tour de notre cellule, toutes les possibilités d’évasion avaient été soigneusement étudiées. Nous étions résignées.
« Tu connais le boson de Higgs, Annabelle ?
- Je ne sais pas de quoi tu parles, Marion. Tu sais, moi, à part les gluons de Téléchat …
- C’est marrant que tu parles de gluon, parce que le gluon est justement un boson ! Mais si tu ne sais même pas qui est Peter Higgs, il serait temps que tu t’abonnes à Science & Vie …
- T’es dingue, Marion ! On est coincé dans ces 10 m2 sordides et tu viens me parler de gluon, boson et d’un Monsieur X ?
- Je ne suis pas dingue. Figure toi, petite ignorante, que, sans le boson de Higgs, les électrons se déplaceraient à la vitesse de la lumière, les particules n’auraient pas de masse. On pourrait peut-être, en se concentrant bien, dire aux bosons de Higgs qui sont dans nos corps d’aller faire un tour ailleurs et on pourrait se tailler d’ici à la vitesse de la lumière !
- Alors, là, tu délires complètement ! »
Marion Nette était, en effet, en plein fantasme et semblait ne plus vouloir s’arrêter de parler. J’étais épuisée et je finis par m’endormir.
Quand je me réveillai enfin, Marion ne parlait plus, mais une main vigoureuse me secouait par l’épaule.
C’était Maryse Dalton.

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Où l’épisode de Djerba revient nous hanter

  • Jun 22, 2006
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« Tu sais, Annabelle ! Je crois vraiment qu’on aurait du la laisser tomber à Djerba. »
Je savais à quoi Marion faisait référence (voir la note du 10 juin 2005 : « Où je ne suis plus très sûre que la CFTBVC savait que je savais »). Ce soir-là, Maryse avait été à notre merci. Nous avions tenté d’obtenir sa confession, mais elle avait tout nié en bloc et nous avait finalement mystifiées. Maintenant, non seulement nous étions enfermées mais qui plus est nous avions du subir ses sarcasmes écœurants.
« Ronan !
- Quoi, Ronan ?
- Ben, il va bien se rendre compte que tu as disparu, Marion. Il va nous chercher, nous retrouver et nous allons faire sa fête à Maryse !
- Tu sais, à ta place, je ne compterais pas trop sur Ronan. Je l’ai vu tout à l’heure. Je crois qu’il ne se souvient même plus pourquoi il est ici.
- Tu dis n’importe quoi, Marion.
- Je l’ai vu dans la cuisine. Il avait l’air trop content d’être là à préparer les plats pour ces salauds de l’AFREUSE. Il ne m’a même pas vu.
- Qu’est-ce que tu cherches ? Tu veux me casser le moral ?
- Je te dis juste que si tu veux qu’on sorte de là avant le retour de Dalton et ses amis, on ne peut compter que sur nous. C’est tout ! »
Marion avait sans doute raison, mais j’avais déjà étudié la question et je ne voyais pas très bien comment nous pourrions nous sortir de cette situation. Je me préparais déjà à passer le reste de ma journée d’anniversaire dans mon trou à gnome.
Hé oui, les années paires, je fête mon anniversaire le 22 juin et les années impaires, je ne le fête pas le 14 avril. Je sais que c’est un peu bizarre mais c’est comme ça ! Il y a des années où on déteste les anniversaires ...

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Bouffons de bouffon !

  • Jun 6, 2006
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Ce fut la mine sombre de Marion Nette que je vis apparaître en premier dans l’encadrement de la porte. Elle avait l’air très en colère. J’imaginais facilement ce qu’elle pouvait se dire à ce moment-là :
« Je ne suis vraiment qu’une bouffonne de m’être laissée prendre. Mais, ils vont me le payer, ces bouffons de bouffon ! »
Maryse, juste derrière elle, avait l’air de beaucoup s’amuser.
« Tu me prends vraiment pour une andouille, Annabelle ! Tu crois vraiment que ta petite entreprise pouvait aboutir ? Même avec sa perruque blonde, j’ai reconnu Marion immédiatement. Et, j’imagine que le type qu’on a maîtrisé tout à l’heure fait partie de ta bande. »
Comme j’avais décidé de l’ignorer, elle continua :
« Tiens-toi à l’écart de cette histoire, Annabelle. Les tenants et les aboutissants de cette histoire t’échappent. Tu ne peux pas comprendre. »
Même si je m’étais promis de rester de marbre face aux provocations de Ma Dalton, je n’ai pas pu m’empêcher de réagir violemment :
« Oh, mais, détrompe-toi, Maryse ! J’ai tout compris de ton sale petit jeu. Tu n’es qu’une traître et tu ne l’emporteras pas au paradis ! »
Quand j’ai voulu sauter à la gorge de Maryse pour l’étrangler, deux molosses (de l’AFREUSE sans doute, tant ils étaient moches !) se sont immédiatement interposés et m’ont rapidement neutralisé en me tordant le bras.
« Hé ! Ho ! Du calme ! Je ne lui ai rien fait à votre chef !
- Merci les gars. Bon, Annabelle, tu te calmes un peu. Je vous laisse toutes les deux. Vous discutez un peu et quand je reviens, on voit ce que je peux faire pour vous si vous voulez bien être un peu raisonnables.
- On sera jamais raisonnables, Maryse. Et on va vous écraser, vous et … »
Mais, la porte s’était déjà refermée et Maryse était repartie.

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Pic Nic douille, c’est moi l’andouille !

  • May 19, 2006
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Je m’en voulais de m’être à nouveau laissée prendre au piège par ce lourdaud d’Alan Baldel. J’avais l’impression d’être comme ces andouilles que les héros de films d’aventures se traînent comme des boulets et dont la seule fonction semble être de fournir des rebondissements comiques voire grotesques à des intrigues un peu faibles. Enfermée dans cette petite pièce sombre, Annabelle « le boulet » ne pouvait compter sur personne. Vincent Truand était dans la même situation que moi. Quant à Marion Nette et Ronan Sailor, je regrettais de les avoir embarqués dans cette histoire.
Plus jeune, j’avais été une téléspectatrice assidue de la série MacGyver. Je suis sûre qu’il aurait pu faire quelque chose avec ma bombe lacrymo. Il aurait sans doute fait explosé la porte. Il aurait trouvé un moyen rapide de sortir de là, mais, moi, j’ai toujours été nulle en chimie et en bricolage. En plus, je n’ai jamais eu de couteau suisse. Franchement, c’était bien la première fois que je déplorais de ne pas avoir un tel objet sur moi. Ce regret était un peu vain, car je n’aurais sans doute pas su m’en servir et j’aurais fini par me blesser. J’essayai inutilement de me remémorer les épisodes de MacGyver, quand j’entendis la voix de Maryse Dalton derrière la porte. Etait-elle là pour me délivrer ou tout simplement pour dévoiler sans aucune pudeur sa véritable personnalité ? La vérité sur son rôle au sein de la CFTBVC allait-elle éclater au grand jour de cette petite pièce sombre ?

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Alan Baldel n’est pas une Armadille de l'Esterel !

  • Apr 26, 2006
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Non, « Armadille de l’Esterel » n’est pas le nom d’une petite fille espiègle et débordante d’énergie, une sorte de petite Josette boudeuse ou une Zazie (dans le métro) malicieuse. C’est juste une espèce de cloporte. En fait, en y réfléchissant, je m’en voulais un peu d’avoir associé les traîtres de la CFTBVC avec ces petits crustacés inoffensifs. C’est vrai qu’ils ont une mauvaise réputation. On les imagine grouillants dans des endroits peu ragoûtants. Ils seraient nuisibles. On les soupçonne d’être des xylophages (ils rongeraient le bois). D’ailleurs, en anglais, le cloporte se dit « woodlouse », ce qui signifie pou des bois. Toutes ces affirmations sont calomnieuses. Et, l’on ne peut s’empêcher de se demander qui peut donc avoir intérêt à blesser ainsi la réputation et l'honneur des cloportes. L’AFREUSE ?
Pourtant, les cloportes, en participant à la transformation de la matière organique en matières minérales utilisables par les plantes, sont des vrais amis des jardiniers. De plus, les cloportes ont de réelles vertus thérapeutiques. Leur ingestion était autrefois vivement recommandée en cas de maux d’estomacs.
Vous vous demandez sans doute où je veux en venir. Vous vous dites que j’ai perdu la tête, que je devrais arrêter de manger des cloportes (je tiens à dire que je n’en ai jamais mangés).
Alors, oui, j’avoue que je me suis un peu éloignée de mon sujet. Toutefois, je pense qu’il était nécessaire de réparer l’injustice que j’avais faite aux cloportes en les comparant à Baldel et compagnie. Malgré cette mise au point, il y avait sans doute un point commun entre l’Armadillidium esterelanum et Baldel. Ces deux petits êtres aimaient les lieux sombres et humides.
J’avais pris ma décision. Pendant que Marion reprenait sa place pour surveiller Maryse Dalton, je me glissais vers les caves du Pavillon des Tourterelles. C’est sans doute là-bas que Bernie Calissondex et Baldel avaient séquestré Vincent Truand et qu’ils se préparaient à le torturer. La main agrippée à une petite bombe de gaz lacrymogène, je descendis prudemment l’escalier sombre descendant vers le sous-sol. Je venais juste d’emprunter le couloir sur ma droite, lorsque j’entendis la porte en haut des escaliers s’ouvrir. Perdant tout sang-froid, je me précipitai dans la première pièce sombre longeant le couloir et je me cachai entre le mur et la porte grande ouverte. J’étais pétrifiée en entendant les pas se rapprocher avec lenteur. Soudain, la porte se referma violemment et sans que j’ai eu le temps de faire le moindre mouvement, j’entendis la clé dans la serrure et le verrou qui se fermait. Le rire de Baldel résonna à travers la porte.
« C’est vraiment gentil de nous rendre visite, Annabelle ! A tout à l’heure ! »

Pour en savoir plus sur les cloportes : http://perso.wanadoo.fr/zenza/

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On a un problème !

  • Mar 24, 2006
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Il était temps pour l’intrépide Annabelle Parval de passer à l’action. Non, je ne me prends pas pour Alain Delon ou pour un super héros ! Je n’ai pas l’habitude de parler de moi à la troisième personne. Je ne suis ni dingue ni vaniteuse.

J’avais juste besoin de me donner du courage :

" Allez, Annabelle ! Montre leur à ces crustacés terrestres de l'ordre des isopodes* qu’il est très dangereux de mettre en colère l’intrépide Annabelle Parval ! "

Je m’apprêtais à entrer dans le bâtiment par la porte de derrière, lorsqu’elle s’ouvrit subitement. Je m’imaginais déjà fuyant à travers bois pour échapper aux mains crasseuses d’Alan Baldel, mais j’eus le soulagement de découvrir Marion dans l’encadrement. Elle semblait très en colère :

" Annabelle, on a un problème ! "

Marion m’apprit que Vincent Truand avait littéralement explosé en apercevant dans l’assemblée son cousin Albert Mouronmont. Vincent qui, tout petit était tombé dans le Customer Relationship Management (CRM), n’avait pas toujours le sentiment que ses intérêts étaient forcément très éloignés de ceux des chefs d’entreprise. Malgré cela, c’était aussi " un gars loyal, honnête et droit ". Que les sympathies d’Albert le poussent à épouser la cause de l’AFREUSE, Vincent pouvaient le comprendre. Mais que son propre cousin participe activement à cette alliance avec les leaders de la CFTBVC afin de tromper les salariés, ça, il ne pouvait l’accepter !

Je suis d’accord pour admettre que le coup de tête de Vincent n’était pas un acte gratuit et il était même compréhensible. Il y a cependant des moments où il est bon de garder la tête sur les épaules. Cette péripétie mettait en péril notre plan. Maryse Dalton devait déjà être sur le qui-vive et peut-être se doutait-elle qu’un lien existait entre Vincent et moi.

* Dans mon état normal, j’aurais dit "cloportes", mais, comme j’étais super énervée, j’avais du mal à trouver mes mots et c’est cette expression qui est sortie subitement !

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L’albatros de la CFTBVC

  • Mar 10, 2006
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J’avais envie de meurtre, j’avais envie de tordre le coup de Maryse Dalton. Elle avait trahi les adhérents de CFTBVC, elle avait trahi l’ensemble des salariés, mais, plus grave encore, elle avait trahi mon amitié. Je pouvais tolérer ses retards, son discours parfois tendancieux, ses provocations, mais là, elle était allée trop loin. Malgré mon caractère impulsif, je savais qu’il était inconcevable que je me précipita dans cette pièce pour trucider Maryse. Alan Baldel, Bernie Calissondex et leurs sbires auraient tôt fait d’intervenir et de me mettre hors d’état de nuire. Pourtant, je me sentais bouillir et j’avais du mal à me contenir. Il fallait que j’arrive à entrer en contact avec Marion, Ronan ou Vincent. Il fallait absolument que nous changions de stratégie. Il fallait kidnapper Maryse et je me faisais fort de la faire parler. Discrètement, j’essayai de scruter la salle dans l’espoir d’apercevoir l’un de mes trois complices. C’est alors que je vis Vincent livide au milieu de l’assemblée, tous les regards s’étaient tournés vers lui. Il venait d’interpeller un des convives, je perçus de violents éclats de voix. Soudainement, il se précipita sur cette personne dont je ne pouvais distinguer le visage et il l’assomma d’un furieux coup de tête. Plusieurs types lui tombèrent dessus et l’emmenèrent dans une autre pièce. L’émoi dans l’assistance était palpable. Maryse était restée imperturbable. Malgré ma colère, je devais reconnaître qu’elle m’impressionnait. Jamais je n’aurais pu soupçonner qu’elle tenait un rôle aussi majeur dans l’union machiavélique entre la CFTBVC et l’AFREUSE. Et, pourtant, tout me paraissait si clair maintenant. Il était pourtant évident qu’elle seule avait l’envergure à la Confédération pour mener une telle opération. Mais, j’étais bien déterminée à lui couper les ailes, à la clouer au sol la " reine de l’azur " et à la rendre aussi " gauche et veule " que l’albatros de Baudelaire.

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Pas tout à fait mortelle désillusion

  • Feb 26, 2006
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Le Pavillon des Tourterelles était une grande maison du début du XXème siècle assez impressionnante. En déposant Marion, Ronan et Vincent devant le grand perron, je sentis mon cœur se serrer comme celui d’une mère qui vient de déposer pour la première fois son enfant à l’école. Ils n’étaient ni très grands, ni très forts et je redoutais le moment où ils devraient se coltiner Alan Baldel et Bernie Calissondex. Il y avait encore peu de véhicules sur le parking. Apparemment, aucun des traîtres de la CFTBVC n’était encore arrivé. Je décidai de me garer un peu à l’écart cachée derrière une grande camionnette blanche.
L’attente commença. Une demi-heure passa depuis mon arrivée et je commençais à trouver le temps vraiment très long. Je n’avais pas d’oreillette microscopique me permettant de communiquer avec mes trois complices. Le soir était tombé et les lampadaires venaient de s’allumer. Je n’étais pas très bien placée. Les premières voitures commençaient à arriver, mais je n’arrivais pas bien à distinguer leurs silhouettes grimpant les marches du perron. Je crus reconnaître l’allure difforme d’Alan, mais je n’étais sûre de rien. Un brouillard épais semblait avoir avalé le pavillon.
L’attente continua. Calée dans la voiture, je ne guettais même plus d’éventuels mouvements. J’écoutais des chants révolutionnaires sur mon Ipod pour me donner un peu de courage. J’avais détesté me retrouver entre les mains de Baldel et Calissondex, mais cette impression d’inertie devenait insupportable. Je me sentais inutile. Je me décidais à sortir et à faire le tour du restaurant.
En passant près d’une grande porte-fenêtre, je ne pus résister et je me hasardai à jeter un coup d’oeil à travers la vitre. Je pensais avoir vécu le pire moment de ma vie lorsque j’avais découvert le lien secret qui unissait la Confédération Française des Travailleurs Buveurs de Vin Chaud (CFTBVC) et l’Association Française des Riches Entreprises Unies et Socialement Effrayantes (AFREUSE). Je me trompais. En apercevant Maryse Dalton épanouie comme jamais au milieu d’une assemblée où je reconnus tous les dirigeants principaux des deux organisations, j’eus envie de mourir. Je n’étais pas cardiaque et mon cœur n’arrêta pas de battre, mais je ne sentais plus mes jambes. Je restai là clouée sur place, alors que Maryse semblait se préparer à prendre la parole.

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No turning back !

  • Feb 10, 2006
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Avant de retrouver Vincent Truand et Ronan Sailor, j’avais prévu d’accompagner Marion à une manifestation contre un nouveau projet révoltant du gouvernement, qui se proposait de résoudre le problème du chômage des jeunes en créant un nouveau contrat à durée déterminée d’un jour renouvelable 730 fois. Réellement scandalisée par cette mesure, j’avais vraiment à cœur d’exprimer mon mécontentement, mais j’avais aussi toujours en mémoire ma conversation avec Maryse Dalton. Il fallait absolument que j’en parle à Marion et je l’obligeai à quitter le cortège des manifestants.

" On ne peut plus reculer, Annabelle ! Même si tu as mis en danger le succès de notre opération par ton manque de discernement, c’est trop tard maintenant ! "

Marion Nette avait raison. Derrière ma chevelure magnifique, se cachait une pitoyable petite andouille sentimentale. Je nous imaginais déjà entre les mains de Bernie Calissondex et Alan Baldel. Ils trouveraient sans doute le moyen de nous faire disparaître prestement et l’alliance perverse de l’AFREUSE et de la CFTBVC resterait dissimulée. Leur nature cruelle se délecterait sans aucun doute au plaisir de nous couler vivants dans une énorme dalle de béton destinée à servir de fondation au nouveau siège de l’AFREUSE. Cette pensée était insupportable.

Ces scélérats ne soupçonnaient cependant pas que je ne travaillais pas seule et ils ignoraient tout de l’identité de mes redoutables acolytes. Bon, c’est vrai, je m’avance peut-être un peu, Ronan, Vincent et Marion n’étaient pas si terribles que ça, mais je n’avais pas envie de douter de leurs capacités. Ce n’était pas le moment.

Lorsque l’heure du départ de notre petite expédition arriva, j’étais étonnamment calme et résolue. J’étais même persuadée que rien ne pourrait nous arrêter et j’avais complètement oublié mon déjeuner avec Maryse Dalton.

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